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Interview Texte

L’islam paisible des éditions Voyage nocturne

Entretien avec Khadija Chikh, le 20 mars 2008.


Khadija Chikh est docteur en psychologie et enseignant-chercheur à l’université de Lyon II. Elle s’est spécialisée sur l’échec scolaire. Abdelhafid Chikh est illustrateur. Tous deux sont musulmans. En 2003, ils ont fondé Voyage nocturne, une maison d’édition musulmane pour enfants.

  • Khadija Chikh, quel a été l’événement déclencheur dans cette décision ?

  • En 2001, mon mari et moi avions constaté qu’il n’y avait pas de livres pour les enfants musulmans de moins de 6 ans. Par ailleurs les livres qui existaient donnaient une vision austère de la religion. Nous avons créé quelques albums, à deux, pour les tout-petits, en essayant d’y glisser un peu d’humour, des rimes. Nous proposions une approche moins grave, plus accessible. Nous les avons présentés à des éditeurs musulmans. Certains étaient intéressés, mais ils hésitaient à les publier, ne sachant pas comment réagirait le public. C’est ce qui nous a amenés à créer notre propre maison d’édition en 2003.

  • Votre projet a-t-il évolué depuis 2003 ?

  • Oui, jusqu’ici, nous avions quatre collections destinées aux moins de 6 ans. Mais pour répondre à une forte demande, nous préparons actuellement des ouvrages pour les 6-12 ans. Les thèmes, toujours en lien avec la culture arabo-musulmane, puiseront dans les contes et les grandes découvertes. Nous sommes en train de créer, par exemple, un album documentaire et illustré sur les grands savants musulmans.

  • Comment avez-vous choisi le nom de votre maison d’édition ? Outre la référence au Prophète Mohammed, envisagiez-vous une interprétation polysémique ?

  • Nous avions remarqué que toutes les maisons d’édition musulmanes en France avaient des noms arabes. Nous, nous voulions vraiment avoir les pieds de chaque côté. Nous voulions qu’un public francophone, français et par forcément musulman, comprenne le nom de la maison d’édition et qu’en même temps il y ait une référence forte à l’islam, pour les personnes qui seraient musulmanes. Ce côté polysémique, nous le recherchions. La nuit est un élément important dans la culture et la vie arabes et, en même temps, le voyage nocturne est un temps fort de la spiritualité musulmane. De plus cet élément est accessible aux enfants. On dit que le Prophète a voyagé, qu’il a fait plusieurs centaines de kilomètres en une seule nuit et qu’il a été de Médine à Jérusalem et que, de Jérusalem, il est monté au Paradis. Donc il y avait aussi ce côté un peu magique qu’on voulait donner, parce qu’on s’adresse à des enfants et que l’aspect magique, féerique, était important.

  • Votre catalogue ne comprend une petite quinzaine d’albums et un nombre très limité d’auteurs. Quelles sont les raisons qui vous poussent à conserver à votre maison d’édition un caractère aussi intimiste ?

  • Au départ, c’était notre intention de partir des albums que nous avions écrits et dessinés ensemble. Depuis nous aimerions nous ouvrir à des collaborateurs extérieurs, mais nous rencontrons beaucoup de difficultés. Actuellement, nous sommes en train de concevoir un livre avec un calligraphe. Mais, en général, lorsque nous proposons à des illustrateurs dont nous aimons le style de coopérer avec nous, nous percevons des réticences. Il est même arrivé que l’un d’eux nous dise clairement qu’il refusait de travailler pour des maisons d’édition musulmanes. Je dois vous dire que nous avons été choqués. La plupart n’expliquent pas directement leur refus. Nous nous heurtons aussi au fait que nous ne pouvons pas offrir de fortes rémunérations à nos illustrateurs, même si nous respectons ce qui se fait en matière de taux de droits d’auteurs. Notre clientèle, en effet, est peu aisée et nous sommes contraints de maintenir nos prix très bas. C’est très dommage, car, pour nous c’est une donnée importante de nous ouvrir, d’accéder à un public qui n’est pas musulman pour justement faire connaître l’islam en dehors de tout ce qu’on peut en entendre dans les médias. Pour nous, c’est tout à fait essentiel.


- Vos livres s’adressent à de tout jeunes enfants, de 0 à 7 ans. C’est l’âge où l’enfant est le plus docile aux socialisations choisies par ses parents, à ce que j’appellerai avec beaucoup de brutalité une sorte de formatage. En tant que psychologue et en tant que croyante, comment abordez-vous cette entreprise ?

  • Je comprends votre question, mais je ne me la pose pas comme ça. Notre démarche consiste justement à nous écarter d’un mode d’éducation religieuse trop strict qui s’apparente à du bourrage de crâne et qui ne respecte pas le rythme de l’enfant. Faute de livres adaptés à cet âge, j’ai vu certains parents qui mettaient le Coran entre les mains de leurs petits, qui leur imposaient de suivre la prière, de tenter de faire le ramadan. Le résultat est que les enfants rejetaient plus tard cette religion qu’ils estimaient austère. Ce rejet est favorisé par l’image de l’islam véhiculée par les médias. L’enfant, puis l’adolescent, risquait de réduire l’islam à quelque chose de dur, de rigide, qui serait constitué essentiellement par le dogme et la pratique. Dans nos livres pour les tout-petits, par exemple, il s’agit des aventures quotidiennes d’un chaton et c’est seulement sur la fin que l’on glisse une petite touche qui fait référence à la culture arabo-musulmane. Du coup, cela a surpris certains parents qui trouvaient qu’il n’y avait pas assez d’islam ! Mais d’autres estiment que c’est un apprentissage suffisant qui correspond à l’âge de l’enfant, qui n’est pas un formatage. Nous ne voulons pas que l’enfant soit pas pris dans un dogme trop tôt. Nous souhaitons qu’il ait une vision apaisée, une vision tranquille de sa religion, afin qu’il puisse ensuite choisir de continuer ou non sur cette voie-là. Nous ne voulions surtout pas que ce contact risque de tourner à la pathologie, parce que parfois je vois parfois des enfants qui sont un peu enfermés dans la pratique trop stricte de leurs parents.

  • Avez-vous, parmi vos clients, des parents qui ne sont pas pratiquants réguliers ?

  • Oui, oui. On a beaucoup de personnes qui sont arabes, mais pas forcément pratiquants musulmans et qui trouvent bien d’avoir des livres qui ne formatent pas la tête de leurs enfants, qui ne les enferment ni dans le dogme, ni dans la menace. Nos livres ne sont pas culpabilisants. Pour ces parents, nos livres permettent à leur enfant de toucher à l’islam en tant qu’il fait partie de leur culture.

  • Vous avez un certain nombre de textes qui expliquent les rites.

  • Oui, cette collection « Apprendre en s’amusant » est destinée, là, aux parents qui veulent vraiment apprendre la prière et le rituel du lavage à leur enfant. Mais, dans ces livres, on trouve aussi des rimes et de l’humour. Nous avons gardé l’image d’enfants qui suivent à leur façon leurs parents dans la prière. Dans les faits, ils ne sont pas assidus du début à la fin. Ils ont envie de faire des pirouettes, de se chatouiller le nez. Ils restent des enfants. Ce message est un peu pour les parents. Nous voulons leur dire que ce qu’ils vont apprendre à leurs enfants ne sera pas très strict et que ce n’est pas grave, qu’ils vont quand même acquérir les bases de la prière.

  • Quelles est, dans vos livres inspirés par la tradition pieuse musulmane, la part de l’imagination, de la fiction ?

  • Dans la collection « Pas si bêtes », nous abordons des éléments essentiels de l’islam en utilisant des animaux. Notre pari est de respecter les prescriptions essentielles de notre religion, tout en conservant une part de liberté et d’humour. Nous avons, par exemple, un album sur la fête du mouton. Nous avons conservé la trame de ce que demande l’islam, à savoir d’égorger un mouton, un jour donné, en expliquant pourquoi le prophète Abraham l’a fait. Mais une fois que l’essentiel a été judicieusement glissé dans l’histoire, nous pouvons nous en écarter un peu. Dans notre livre, par exemple, nous faisons une pirouette pour que le mouton, à la fin, ne soit pas sacrifié. L’humour prend la place de ce qui pourrait faire peur à l’enfant. Mais les parents ne peuvent nous reprocher d’avoir transmis quelque chose de faux à leur enfant. Nous avons aussi un album sur Jonas. Il est toujours délicat de bousculer ces textes qui constituent des références fortes de l’islam. Dans ce livre, nous avons choisi de donner la parole à la baleine. Mais finalement, nous n’avons jamais reçu de critiques de la part de personnalités éminentes de l’islam.

  • Sur votre site, www.voyagenocturne.com, vous faites état de votre souhait de transmettre des repères dans la culture arabo-musulmane. Votre projet semble donc moins universel que la vocation de l’islam pourrait le permettre. Pouvez-vous commenter ce choix ?

  • En fait, beaucoup de nos clients sont musulmans sans être Arabes. Je me demande même si la proportion des non arabes n’est pas supérieure à celle des Arabes. J’ai le sentiment que si réticences il y a, elles seraient plutôt du côté des Arabes, parce qu’ils ont une tradition plus forte de ne pas toucher au texte sacré. Nos livres s’adressent vraiment aux personnes non arabes comme aux Arabes.

  • Quelles voies d’intégration dans la culture européenne proposez-vous aux jeunes musulmans qui lisent vos albums ?

  • Nos livres ne sont pas faits pour des Arabes dans un pays musulman, mais pour des Français musulmans d’origine musulmane ou pour des convertis. Nous souhaitons leur transmettre l’idée qu’on peut être à la fois être musulman et vivre en France en bon citoyen français, bien intégré. Nous voulons que nos lecteurs vivent l’islam en France de manière apaisée. Au tout départ, l’une de nos préoccupations était justement que les livres proposés aux enfants venaient beaucoup de l’étranger et étaient complètement déconnectés des réalités françaises. Les enfants avaient entre les mains des livres qui ne correspondaient pas du tout à leur culture réelle. Dans nos livres, le mobilier n’est pas du tout oriental, par exemple.

  Documentaire audio écrit par VoyageNocturne pour la radio Trait d'Union!

Histoires sur le Ramadhan:

01-L'origine du mois de Ramadhan

02-La révélation du Coran

03-pourquoi jeûner?

04-Ce qu'il faut éviter pendant le Ramadhan

05-le Ramadhan de Zahra

06-La nuit du destin

07-La prière de tarawih

08-Purifier l'Argent

09-Le Ramadhan délicieux

10-L'Aïd, La fin du Ramadhan


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